Les ateliers d'écriture chez Guérin

Rendons d'abord l'atmosphère... 

ateliers


Chez Guérin, aux éditions Paulsen, on vibre de l’amour de l’aventure et des livres. Et chaque lundi soir, cet hiver dans la boutique cosy de Chamonix, nous nous sommes aventurés dans l’écriture, avec un objectif simple : délier nos plumes. Alternant temps de création et de mise en commun, 1h30 durant, nous avons fait naître des textes divers, des plus scolaires aux plus audacieux.

Aujourd’hui, nous souhaitons partager le fruit de l’une des propositions par laquelle, à nouveau, nous nous sommes prêtés au jeu. Un jeu qui commence toujours par une contrainte créative, dont chacun se saisira à sa manière, à moins qu’il ne préfère l’oublier. Cette fois-ci, il s’agissait d’écrire une « description » à partir d’une image, tirée le plus souvent d’un livre de nos collections, à la manière de Francis Ponge, dans Le Parti Pris des choses, et plus précisément en reprenant la structure de « La Cigarette »*.

Un nouveau cycle d’ateliers aura sans doute lieu cet automne. N’hésitez pas à vous joindre à l’aventure !

* Et voici donc le texte de Francis Ponge, dont la structure nous a inspirés :
 
La Cigarette
 
Rendons d'abord l'atmosphère à la fois brumeuse et sèche, échevelée, où la cigarette est toujours posée de travers depuis que continûment elle la crée.
 
Puis sa personne : petite torche beaucoup moins lumineuse que parfumée, d'où se détachent et choient selon un rythme à déterminer un nombre calculable de petites masses de cendres.
 
Sa passion enfin : ce bouton embrasé, desquamant en pellicules argentées, qu'un manchon immédiat formé des plus récentes entoure.
 
 

Bougie tibétaine
Photographie de Christophe Raylat
 
La Bougie tibétaine


Rendons d’abord l’atmosphère, obscure que perfore l’incandescence tremblante au centre d’un halo; une senteur de suif en souligne la chaleur. La fumée, elle, est happée par le noir. 
Puis sa personne : l’oriflamme blanche grimpe et s’effiloche dans la nuit. Autour de son mât calciné, un feu navigue sur la cire fondue. L’ombre environnante cerne le périmètre de l’aventure. 
Sa passion enfin : cette clarté rassurante abolit les ténèbres et estompe la solitude. Elle imprime sa générosité dans l’œil qui la reflète. 
 
Denis
  

Arnaud Petit
Photographie de la collection d'Arnaud Petit
À la verticale de soi, Stéphanie Bodet
 
Le Portaledge


Rendons d'abord l'athosphère à la fois inquiétante et paisible, résonnante, où le portaledge repose dans une harmonie délicate entre exiguïté extrême et perspective infinie.
Puis sa personne : maigre plumard éphémère, moins confortable que rassurant, dont les tentacules ancrées dans la roche procurent au funambule avisé quelques heures de repos mérité.
Sa passion enfin : marchepied téméraire, vibrant d'horizons à atteindre, tremplin à l'équilibre entre la montagne et le ciel.
 
Charlotte
 

 
Le Portaledge
(encore)
 
Rendons d'abord l'atmosphère, vertigineuse, aérienne, à la fois végétale et minérale, où seuls s'accrochent métal, caoutchouc et phalanges.
Puis sa personne : Morceau de toile suspendu, à la fois cuisine, salle à manger, chambre à coucher ou illusion de plancher, agrippé à la roche par ses bras de cordes et ses doigts de fer.
Sa passion enfin : Ce havre de confort, qui dans son univers vide et merveilleux offre le repos et le lâcher prise à son grimpeur épuisé.
 
Delphine
 

Maroc
Photographie d’Arnaud Petit
À la verticale de soi, Stéphanie Bodet
 
Le Moucharabieh

Rendons d'abord l'atmosphère à la fois secrète et pensive, mystérieuse, où la lumière dessine des entrelacs, et des volutes sombres sur le calque d'une fenêtre.
Puis sa personne, un canevas au travers duquel on peut voir sans être vu, comme un tapis ajouré, filtre entre le dedans et le dehors, claustra qui invite à la confidence.
Sa passion enfin, ces chuchotements, ces murmures qui passent les lèvres comme une psalmodie, à la fois enfermement et liberté intérieure, d'une tranquille solitude.
 
Nathalie
 

village marocain
Photographie d’Arnaud Petit
À la verticale de soi, Stéphanie Bodet
 
Le Village marocain
Winter Sleep

Rendons d'abord l'atmosphère, noir et blanc d'un Automne précoce où les nappes de charriages portent les toits étagés des maisons, endormies sous une fine pellicule glacée. Les sentiers sont encore visibles, comme les veines d'un corps alangui.
Puis sa personne, toute imprégnée de silence, sans présence de fumée. Une seule silhouette solitaire, au premier plan, comme un arbre mort dans ce tableau en clair-obscur, immobile. Comme un instantané.
Sa passion enfin, le huis clos obligée d'une intersaison où les drames se nouent, comme les nœud d'un tapis serré : celui d'un couple qui se déchire dans la promiscuité. Dominant-dominé, elle souhaiterait s'échapper et vivre une autre vie, plus trépidante celle-là... mais face à l'immobilité, la neige se fige.
 
Nathalie
 

 Skieur
Photographie de Guy Martin-Ravel
Fragile, Guy Martin-Ravel
 
Le Skieur
 
Rendons d'abord l'atmosphère froide et figée de l'instant suspendu, mais à la fois douce et étirée des jours printaniers.
Puis sa personne : un Monsieur Loyal au bord de la piste, qui, du bout de sa baguette, fait dresser les fauves rugissant, et sauter les acrobates glissant.
Sa passion enfin : bras ouverts vers le ciel, il s'envole au-dessus des cimes dans un élan révérenciel.
 
Mathilde
 

 
Le Dompteur


Rendons d'abord l'atmosphère
creepy de ces shows vintages où freaks et chimères, brocardés dans l'arène, inspirent tour à tour effroi, surprise ou pitié.
Puis sa personne : dresseur borderline beaucoup moins austère que brutal, duquel suinte le mépris underground du bâton sévère et de l’œil vide qui astreint le pantin à quelque ascétique prouesse.
Sa passion enfin : bodybuilder trapu, leader à la dérive, dont le brillant background s'est lentement assombri tandis qu'en son cœur l'emportait la montagne, froide, dure et impitoyable.
 
Charlotte
 

empereur
À partir d’une photographie de Julien Vasseur et Clément Cornec
L’Empereur, Luc Jacquet
 

Le Manchot empereur

Rendons d’abord l’atmosphère de voie lactée de son plumage, où des astres furieux s’agitent autour d’un noyau unique sans jamais dévier de son champ magnétique. 
Puis sa personne : grand séducteur, l’empereur ne peut s’empêcher de courber la tache orangée de son cou lors de parades affolées. 
Sa passion enfin : celle d’un œuf sur le plat dont le jaune désirait prendre le large.
 
Laure 
 

 octopode 
Illustration des Travailleurs de la mer, de Victor Hugo
Abysses, Christophe Migeon
 
L'Octopode
 
Rendons d’abord l’atmosphère nébuleuse comme un artefact de Rorschach, les abysses deviennent alors le théâtre d’un ballet sous-marin. 
Puis sa personne : osmose cervicale et ventrale, ce n’est que par ondulations que se meuvent les tentacules encrés du céphalopode.
Sa passion enfin : timide rencontre des profondeurs, elle s’évertue à toujours avoir l’air de son contraire. 
 
Emma
 

yackman
Photographie de Christophe Raylat

Le Yack
Yack… en folie !

Rendons d’abord l’atmosphère désertique, plate, sauf de sauvages sommets au fond, la drimo randonne, elle s’est échappée avec Shitrai et Ashoka, un bât sur le dos pour faire comme si ! 
Puis sa personne : Anurahda, c’est mon nom, mes deux compères, je les subjugue, oser fuir dans l’aube fumante vers les contrées célestes. 
Sa passion enfin : cette belle avec ses bouts de laine multicolore sur son manteau de poil et ses yeux aux longs cils. Yak !
 
Christian
 

yachtman
Photographie de Christophe Raylat
 
Le Yackman

Rendons d’abord l’atmosphère, celle d’un matin frais. De l’herbe, du poil, de la corde, de la pelure mouillés. L’atmosphère d’une heure à laquelle le yack se sent rouillé face au yackman agile. 
Puis sa personne : drôlement positionnée pour mieux bâter sa musculeuse bête. En équerre, en équilibre et en souplesse, la mine luisante de trois quarts, le yackman se présente sous un coquin profil. 
Sa passion enfin : Le pudique déhanché. Toujours : dans ces préparatifs, dans la longue marche, dans l’ample mouvement de ceux qui s’assoient le plus souvent par terre. Le déhanché ? Sous la tunique de bure, le geste d’une baigneuse de Renoir ? Nonchalamment sanglé de rouge, clin d’œil à celui qui regarde, olé, toro !
 
Émilie